Une source proche de la Présidence de la République parle de «climat séditieux» qui regnerait au sein de la garde Republicaine de «Kabila»

Un GR de Kabil tira sur une foule de partisans de l’opposition.

Un GR de Kabila tire sur une foule de partisans de l’opposition.

Dans son édition du week-end datée du samedi 26 au dimanche 27 janvier, le quotidien bruxellois «Le Soir» annonce, dans une “brève”, sous la plume de Colette Braeckman (C.B.), que «Le président Kabila échappe à un attentat». Les faits se seraient déroulés le jeudi 24 janvier au moment où «Joseph Kabila» rentrait de son récent séjour à Brazzaville. A Kinshasa, la vie est calme. «Nous n’avons ni entendu ni remarqué quelque chose», disent plusieurs sources kinoises. Une source proche de la Présidence de la République parle, en revanche, de «climat séditieux» qui regnerait au sein de la garde prétorienne de
«Joseph Kabila» dite «Garde républicaine». En cause, les “conditions de travail”.

Bien qu’évasive dès les premières lignes, «C.B» – dont la connivence avec le pouvoir kabiliste n’a jamais été un mystère – annonce que «plusieurs suspects ont été arrêtés». Se reportant aux «proches du chef de l’Etat», elle ajoute que
«plusieurs groupes de conjurés se trouveraient dans la ville». Leur nombre est même connu : «800 au total». A en croire les «sources» de Colette Braeckman, les «comploteurs» avaient pour «mission» de «frapper à la tête». Citant, cette fois, le ministre de l’Intérieur et… de la sécurité, le PPRD Richard Muyej Mangez, la journaliste du “Soir” de relever que «quelques heures avant l’attentat manqué» ce membre du gouvernement lui confiait que le gouvernement était «au courant de l’existence de plusieurs complots visant la personne du président». Et que toutes les dispositions étaient mises en œuvre pour «les déjouer».

«Un acte patriotique…»

Quelle est la situation à Kinshasa? «Il n’y a rien à signaler à Kinshasa, commente un Kinois joint au téléphone dans la soirée du samedi 26 janvier. Nous vaquons paisiblement à nos occupations». Et d’ajouter : «Dans le contexte actuel, je peux vous assurer qu’un attentat contre Joseph Kabila serait accueilli comme un acte patriotique». Acte patriotique? «Je le confirme. Les gens sont fatigués et veulent le changement. Peu importe la manière». Est-ce le sentiment personnel d’un «déçu du kabilisme» où une réelle tendance au sein de l’opinion générale ? «Il vous appartient de vérifier mes dires, poursuit-il. Depuis la tenue des élections du 28 novembre 2011, la situation politique est bloquée. La crise au Nord Kivu et la défaite des FARDC à Goma sont venues s’y ajouter. Joseph Kabila n’est pas à la hauteur des défis. L’homme est détesté. Les gens ne se cachent plus pour cracher leur mécontentement sur le «mismanagement» du pays. L’attentat dont vous me parlez est sans doute un complot-bidon monté par les super-faucons d’un pouvoir aux abois». Pour cette source plutôt radicale, l’objectif des «durs du régime» serait clair : «Au mieux, distraire l’attention des Congolais des enjeux du moment dont les pourparlers de Kampala et au pire, passer le rouleau compresseur sur les quelques têtes qui dépassent parmi les opposants au raïs».

Selon une source proche de la Présidence de la République, il y aurait plutôt de «remous» au sein de la garde prétorienne de «Joseph Kabila». «Le problème, explique-t-il, se situe à deux niveaux. D’une part, des officiers de cette unité d’élite sont mécontents de leurs conditions salariales. De l’autre, une certaine division a fait jour entre les officiers d’origine kivutienne et ceux natifs du Katanga. Les premiers se disent victimes d’un traitement discriminatoire au profit de leurs camarades katangais». Le M23 préparerait-il un coup d’Etat ? «C’est le ministre Muyej qui le soutient sans toutefois apporter le moindre début de preuve», tempête une source proche des rebelles du M23. Saura-t-on la vérité sur ce «coup monté et manqué» contre «Joseph» ? Rien n’est moins sûr.

«Condamnation en bloc»

Depuis la prise du pouvoir, à Kinshasa, par les « libérateurs » du 17 mai 1997, le «Congo libéré» a été secoué par plusieurs «vrai-faux complots» suivis par des vraies arrestations voire des “disparitions”. Plusieurs personnes – civiles et militaires -, suspectées de participation à ces «conjurations», croupissent, sans jugement, depuis plusieurs années, dans des cellules des prisons notamment de Makala (Kinshasa) et de Buluo (Likasi). Les prévenus n’ont jamais bénéficié d’un procès équitable et public afin que l’opinion constate la véracité des faits mis à leur charge. On imagine que des rafles sont menées depuis le jeudi 24 janvier par des agents de l’ANR (Agence nationale de renseignements) et ceux de l’ex-Demiap (renseignements militaires). Les «prévenus» seraient sans doute enfermés dans des cachots secrets. Au Congo démocratique, les « services » relèvent du seul «Joseph Kabila» à qui ils rendent comptes. Aucun magistrat du parquet ne peut se hasarder à l’ANR, à l’ex-Demiap ou au Camp Tshatshi.

Des précédents? A titre d’illustration, en octobre et novembre 2000, cinquante officiers d’origine kivutienne ont été arrêtés à Kinshasa en marge de «la tentative de coup d’Etat» imputée à Anselme Masasu Nindaga, un des co-fondateurs de l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre), exécuté fin novembre 2000 au Katanga. Ils ont été accusés «de vouloir démoraliser les kadogos » afin de «déstabiliser le régime en place», peut-on lire dans un rapport confidentiel parvenu à la rédaction de Congo Indépendant. Le 26 janvier 2001, LD Kabila, décédé dix jours auparavant, est remplacé par «Joseph Kabila». Le 17 juin 2001, les «50» sont déportés à la prison de Buluo à Likasi. «Notre condamnation n’interviendra que le 18 avril 2003». Le procès s’est déroulé dans une ambiance guignolesque. «La Cour d’ordre militaire nous condamnera en bloc à la peine maximale sans tenir compte du degré de responsabilité de chacun par rapport à l’acte d’accusation et sans avoir procédé à notre identification». « Nous avons donc été condamnés sans comparution en l’absence de nos avocats du chef d’atteinte à la sûreté de l’Etat pour complot visant à renverser le régime ( …).»

Depuis l’avènement de « Joseph Kabila » à la tête de l’Etat, il y a eu plusieurs cas de “complots” éventrés. Dès le mois de janvier 2001, il y a eu plusieurs arrestations dans les milieux des Forces armées congolaises (FAC) et des ex-Forces armées zaïroises. On peut citer notamment : le «dossier Mai Mai» ; le «dossier Kandolo et consorts» ; le « groupe de seize » ; le «dossier Wozangu et consorts» ; le «dossier Masasu et consorts». Le 28 mars 2004, le pouvoir kabiliste avait dénoncé une « tentative de coup d’Etat» dite «Opération Pentecôte», imputée à des militaires ex-Faz réfugiés au Congo-Brazzaville. Le 11 juin de la même année, la capitale congolaise connaissait le «putsch manqué» contre le «régime 1+4» conduit par le major Eric Lenge de la garde présidentielle. Quel sort a-t-il été réservé à tous ces prisonniers dont le droit à la vie se trouvaint entre les mains de “Joseph”? Le “major Eric”, lui, s’est littéralement «volatilisé». N’est-il pas étrange de constater que toutes ces tentatives de coup d’Etat, vraies ou supposées, n’ont jamais été élucidées. Les conclusions des enquêtes sont gardées dans le plus grand secret. Cela fait douze années déjà.

Beaucoup de vies humaines ont été broyées dans ce pays au nom d’une prétendue «raison d’Etat». Il faut espérer que les organisations de défense des droits humains mettront un point d’honneur à suivre ce dossier afin de s’assurer que les droits de défense des «suspects» sont scrupuleusement respectés dans le cadre d’une procédure judiciaire équitable et transparente. Il s’agit également de s’assurer que les accusés n’ont pas été torturés, comme de coutume, dans les cachots de l’ANR, de l’ex-Demiap ou dans ceux de la garde prétorienne de «Joseph Kabila» au Camp Tshatshi. Affaire à suivre.

Baudouin Amba Wetshi
© Congoindépendant 2003-2013

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