Kampala : Le facilitateur ougandais soudoyé par “Joseph Kabila”?

Roger Lumbala et Francois Rucogoza

Roger Lumbala et Francois Rucogoza

Source: Congoindependent.com

Selon des sources dans la capitale ougandaise, les «négociation-évaluations» entre le gouvernement de Kinshasa et les rebelles du M23 seraient au point mort. «Le blocage est total !», assure une source proche de la rébellion jointe au téléphone dans la soirée du mardi 22 janvier. Selon elle, le facilitateur «a été soudoyé» par le gouvernement de Kinshasa. En gros, chacune des parties campe sur ses positions. Pour la délégation venue de Kinshasa, les pourparlers de Kampala doivent se limiter à une «évaluation» de l’Accord du 23 mars 2009, le mécanisme de sa mise en œuvre et l’examen des questions connexes. Revigorés par leur avantage au plan militaire, les insurgés, eux, entendent élargir leurs exigences à des questions à caractère national. Dans leur cahier des charges, les rebelles exigent notamment l’annulation des élections du 28 novembre 2011 et la mise en place d’un «gouvernement de transition» et la révision de la Constitution. Ces revendications auraient fait bondir Crispus Kiyonga, le médiateur ougandais. La population congolaise, elle, paraît plus soucieuse de son quotidien que de ce que font les «professionnels de la politique» réunis en Ouganda. Aucune des parties n’est parvenue, pour l’instant, à susciter l’adhésion populaire en faveur de son camp. Ambiance.

«Corruption»

Le ministre ougandais de la Défense, Crispus Kiyonga, aurait-il reçu un «cadeau» de la part du pouvoir kabiliste? Des responsables du M23 le suspectent de faire preuve de «partialité» dans la conduite des débats entre les deux parties en présence à Kampala. «Nous avons constaté que le ministre Kiyonga se rend souvent à l’hôtel où réside la délégation du gouvernement de Kinshasa, confie une source proche du M23. En revanche, lorsqu’il s’agit de s’entretenir avec les responsables du mouvement rebelle, ceux-ci doivent se rendre chez lui. C’est une étrange politique de deux poids, deux mesures».

Pour cette source, il ne fait plus l’ombre d’un doute : «Le facilitateur ougandais a été corrompu». Et de poursuivre : «Nous avons exigé la démission de Joseph Kabila du fait qu’il a été “mal élu” lors des consultations politiques du 28 novembre 2011. Quelle n’a pas été notre surprise d’entendre le facilitateur contester nos exigences en clamant qu’il ne peut pas continuer à débattre avec les représentants d’une organisation qui ne reconnaît pas la légitimité de l’actuel chef de l’Etat congolais». Les soupçons des rebelles du M23 ne s’arrêtent pas là. Le secrétariat du facilitateur ougandais en prend pour son grade. Il est accusé d’avoir «modifié» les déclarations faites par les deux parties. «Le mercredi 16 janvier, le secrétariat du facilitateur a présenté quatre points qui étaient tout le contraire des exigences du M23».

«Vaste blague»

Coïncidence ou pas, après la lecture, le mercredi 16 janvier, du cahier des charges du M23 par François Rucokoza Tuyihimbaze, certains membres de la délégation du gouvernement ont fait montre d’une «arrogance» pour le moins surprenante de la part de «quelqu’un» qui a été terrassé sur le terrain militaire. C’est le cas notamment du chef du groupe d’experts, Apollinaire Malu Malu, qui a «rejeté» bruyamment les revendications énoncées. «Il n’est pas question, a-t-il déclaré avec son petit sourire rusé, de remettre en cause l’ordre constitutionnel et institutionnel de la RDC». Pour lui, «le M23 est sorti du cadre défini par la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, qui limite le dialogue à l’évaluation de l’accord du 23 mars 2009, signé entre le gouvernement et l’ancienne rébellion du Congrès national pour la défense du peuple, dont est issu le M23». Malu Malu de qualifier de «vaste blague» toutes les exigences des forces rebelles. «Ça n’à rien à voir avec notre dialogue et il n’en sera pas question», a-t-il asséné. «Nous sommes là pour savoir pourquoi le M23 a pris les armes en violation de la Constitution de la République et quelles sont les pistes pour y mettre fin. Nous ne sommes pas là à un forum qui va discuter de tous les problèmes de la RDC».

Les observateurs se demandent bien où Malu Malu est allé puiser tant d’assurance. Du bluff ? Il semble l’ancien président de la tristement célèbre “CEI” (Commission électorale indépendante) a été surpris à maintes reprises en conversation avec Kiyonga en langue nande. Ceci explique-t-il cela? On espère que l’avenir donnera raison à «Monsieur l’Abbé» qui semble perdre de vue que l’Etat congolais n’est plus en mesure d’exercer sa «compétence exclusive» sur l’ensemble de son territoire. Plusieurs localités de la Province du Nord Kivu se trouvent toujours et encore sous le contrôle des rebelles du M23. La solution militaire n’a pas donné les résultats escomptés. Il ne reste plus que le dialogue. La négociation. Les “experts” voient mal les FARDC (Forces armées de la RDC), mal équipées, mal commandées et peu motivées reconquérir dans les semaines ou mois à venir les territoires perdus.

Incurie au sommet de l’Etat

«Si Jean-Marie Le Pen dit qu’il fait beau, dois-je soutenir le contraire simplement parce qu’il est de l’extrême droite ?», aimaient s’interroger les personnalités de la droite française. De même, si les rebelles du M23 dénoncent certains errements du “système Kabila” devrait-on les recuser en bloc parce que ces propos émanent des insurgés? Assurément pas! Depuis la tenue des élections du 28 novembre 2011, le Congo-Kinshasa est politiquement bloqué; les gouvernés ne manifestent que de la défiance à l’égard des gouvernants. S’il est vrai que les rebelles M23 sont perçus, à tort ou à raison, comme des «masques» derrière lesquels se dissimuleraient les régimes ougandais et rwandais, il n’en demeure pas moins vrai que certaines de leurs exigences rejoignent les préoccupations exprimées par l’opinion congolaise. Les divergences se situent sans doute au niveau des motivations.

Quelques exemples. Dans sa grande majorité, la population congolaise a du mal à comprendre que «Joseph Kabila», au pouvoir depuis douze ans, soit à ce point dénué de toute volonté politique pour éradiquer les bandes armées qui répandent la terreur et la mort dans la partie orientale du pays en général et dans les deux Provinces du Kivu en particulier. Le M23 exige la libération des détenus politiques et d’opinion ainsi que des prisonniers de guerre. Qui aurait à y redire? Plusieurs milliers de citoyens – civils et militaires – croupissent injustement, depuis plusieurs années, dans des prisons du pays dont celle de Makala. La grande majorité d’entre eux n’a jamais été présentée devant un magistrat instructeur afin d’être inculpée et déférée devant la juridiction de jugement. La raison est simple : la justice congolaise n’est pas indépendante. Elle est inféodée au pouvoir politique. Le procureur général de la République se comporte en “père fouettard” du régime.
Dépendant de la Présidence de la République, l’armée, la police et les services dits de sécurité, se comportent en milices du pouvoir kabiliste.

D’autre part, «Joseph Kabila» viole la Constitution au gré de ses intérêts politiques. A titre d’illustration, celui-ci se refuse de promulguer la loi organique portant organisation et fonctionnement de la Cour constitutionnelle. Les neuf magistrats de cette haute juridiction doivent être nommés, par tiers, par le président de la République, le Parlement et le Conseil supérieur de la magistrature. La séparation des pouvoirs étant inopérante, le pays tout entier est suspendu à la volonté d’un homme : «Joseph Kabila». Un homme qui a donné toute la mesure de sa déloyauté autant que de son incurie dans la gestion des affaires publiques.

En attendant, le jeu de poker-menteur, commencé le 9 décembre dernier, se poursuit à Kampala entre un Crispus Kiyonga suspecté de connivence avec la délégation envoyée par “Joseph Kabila” et les rebelles du M23 “dont la patience n’est pas sans limite”…

Baudouin Amba Wetshi
© Congoindépendant 2003-2013

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