Pourparlers de Kampala : les graves contradictions de Kinshasa l M23 CONGO DRC NEWS

Joseph kabila

Joseph kabila

Optimisme mêlée de scepticisme de Raymond Tshibanda, chef de la délégation gouvernementale au dialogue de Kampala. Le ministre des Affaires étrangères exprime ses doutes sur les résultats réels de ces discussions. Kampala ne serait qu’une partie de la solution aux problèmes de l’Est de la RDC. « La solution à la crise dans l’Est ne viendrait pas seulement, pense-t-il, de ce dialogue ».Selon lui, d’autres pistes sont à explorer, notamment politique et militaire, pour une paix durable dans l’Est du pays. Ces déclarations ramènent à la surface les graves contradictions de Kinshasa qui a, de plus en plus, du mal à définir une ligne claire en rapport avec le nouveau drame de l’Est du pays. Pourquoi dès lors s’engager dans des discussions dont la crédibilité est douteuse ?

C’est bon gré mal gré que Kinshasa a accepté de discuter directement à Kampala avec le Mouvement du 23 mars (M23). Cette impression se dégage des déclarations alambiquées tenues le samedi 22 décembre à Kampala par Raymond Tshibanda, ministre des Affaires étrangères, au terme d’une conférence de presse. Chef de la délégation gouvernementale dépêchée à Kampala, Raymond Tshibanda a laissé entendre que le dialogue de Kampala n’apportera pas de solution durable au conflit dans l’Est du territoire national. Autrement, une solution sous-régionale dans le cadre de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) paraît limitée, de l’avis de Kinshasa, pour sortir du bourbier du Kivu.

Les dernières déclarations de Raymond Tshibanda sont la preuve d’un désarroi au niveau du gouvernement qui ne croit pas à l’issue du dialogue de Kampala. Mais, coincé par la CIRGL, Kinshasa se trouve en position de ne point sécher les discussions décidées par la CIRGL.

Scepticisme

Bien que confiant quant à l’issue heureuse de la crise dans l’Est de la RDC, malgré la trêve décrétée jusqu’au 4 janvier prochain pour la poursuite des discussions, le chef de la délégation gouvernementale a cependant indiqué, rapporte radio Okapi sur son site Internet, que la solution à la crise ne viendrait pas seulement de ce dialogue : « Il ne faut pas oublier ce que le chef [de l’Etat Joseph Kabila] avait dit dès le début. Nous sommes présents sur trois fronts : politique, diplomatique et militaire. Les actions se poursuivent sur ces trois fronts ».

Pendant ce temps, à Kampala, les discussions directes entre Kinshasa et le M23 sont suspendues pour des raisons, avance la facilitation ougandaise, de la célébration de la fête de fin d’année (sic !). C’est le 4 janvier 2013, indique le communiqué publié samedi par la facilitation, que devaient en principe reprendre les sessions du dialogue.

Si des points de divergences demeurent profonds entre les deux parties, Bertrand Bisimwa, le chef du département de la Communication et porte-parole du M23, a fait part à BBC Afrique que des avancées significatives ont été enregistrées depuis le démarrage le 9 décembre 2012 de ce dialogue. Les deux parties, d’après lui, s’accordent sur tous les points à l’ordre du jour, comme la signature du règlement intérieur des négociations et les premières discussions sur le calendrier du dialogue.

Mais le cessez-le-feu et le cadre de sa négociation restent encore les deux inconnues dans la poursuite du dialogue. Le M23 refuse que ces discussions se déroulent dans le cadre du Mécanisme conjoint de vérification, où le mouvement, n’ayant pas statut d’Etat, ne siège pas. Quant au cessez-le-feu, Kinshasa a dit fermement son opposition à pareille éventualité.
Cependant, malgré tous ces obstacles qui risquent d’obstruer la voie des pourparlers de Kampala, Raymond Tshibanda a estimé que la crise en cours céderait place à une période de stabilité en RDC. « Cette crise se terminera – je ne dirais pas rapidement, mais elle va certainement prendre fin. Et elle va déboucher sur une période de paix pour notre pays (…) pour les populations du Nord-Kivu et une paix, j’en suis convaincu cette fois-ci, durable ». Il a réaffirmé la détermination du gouvernement à « faire en sorte qu’il en soit ainsi ».

Toutefois, le chemin à parcourir reste encore parsemé d’embûches. Les mouvements des troupes rebelles autour de Goma font craindre une reprise des hostilités sur le front militaire.
Prise de panique, certains habitants de Goma ont levé l’option de quitter la ville, préférant s’abriter en des lieux sûrs comme la ville de Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu.

Trop d’inconnus et zones d’ombre entourent encore les pourparlers de Kampala. Kinshasa qui ne croit pas à une issue heureuse de ce dialogue pour une paix durable dans la partie Est du pays s’y est engagé, quasiment, poussé par la contrainte de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, dont il est membre.
IT/«Hypothétique » solution régionale

Preuve que Kinshasa doute de l’efficacité des résolutions qui sortiront de Kampala, bien avant l’ouverture de dialogue, le Premier ministre, Matata Ponyo Mapon, avait jugé, dans une interview à la presse belge, « presqu’hypothétique » une solution régionale – dans le cadre spécialement de la CIRGL – dans la crise de la partie Est de la RDC.

Tout récemment, le chef de l’Etat, Joseph Kabila Kabange, a, devant le Parlement réuni en congrès, insisté sur l’urgence de reconstruire les Forces armées de la RDC (FARDC), sans doute convaincu que le front militaire reste la seule option efficace pour restaurer durablement la paix dans l’Est du territoire national. « Comment ne pas constater que seule une armée républicaine forte nous permettra de sauvegarder notre intégrité et notre souveraineté !», a indiqué Joseph Kabila, ajoutant que « désormais, (…) notre priorité sera la défense de la patrie avec une armée dissuasive, apolitique et professionnelle qui rassure notre peuple ».

Autant de faits qui justifient le scepticisme de Kinshasa. Si l’ouverture du dialogue de Kampala a permis de calmer les tensions sur la ligne de front, le retour d’une paix durable dans l’Est de la RDC ne dessinera nécessairement pas dans la capitale ougandaise. Il n’y a que les naïfs qui peuvent encore croire en l’efficacité du dialogue de Kampala. En lieu et place de multiplier des contradictions qui finissent par discréditer son action à l’échelle internationale, Kinshasa ferait mieux d’adopter une attitude claire et sans équivoque.

Si le gouvernement ne croit pas aux initiatives déployées dans le cadre de la CIRGL, comme en témoignent les déclarations de son ministre des Affaires étrangères et chef de la délégation dépêchée à Kampala, l’annonce tout haut de sa position serait déjà un pas vers une autre solution qui pourrait notamment inclure les deux autres volets proposés par le chef de l’Etat, notamment les volets militaire et politique ; le front diplomatique en œuvre avec la CIRGL ayant montré ses limites.

Les déclarations de Tshibanda sont également la preuve de non dits des discussions de Kampala. Tout porte à croire que le vrai problème, notamment celui qui justifie l’action menée par le M23 n’a jamais été dévoilé au grand public. Si bien que toute négociation qui tente d’éluder ce problème – le nerf de la guerre – est d’ores et déjà voué à l’échec.

Tshibanda le sait. Aussi a-t-il étalé publiquement les limites des pourparlers de Kampala. Pour que sans doute nul n’en ignore – si jamais le dialogue terminait en catastrophe.

C’est tout un message pour celui qui a participé activement à l’accord du 23 mars 2009 de Goma sur lequel le M23 a, au départ, justifié son action.

Écrit par LE POTENTIEL

© Copyright Le Potentiel

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s