l’ONG Human Rights Watch offre des petittes compensation financiere aux femmes congolaises pour qu’elles temoingent contre le M23

Par MARIA MALAGARDIS Envoyée spéciale à Goma (RDC) du Journal Francais LIBERATION

Au CocoJambo, célèbre boîte de nuit de Goma, des jeunes filles aux robes très courtes et aux talons très hauts se trémoussent vaguement devant le bar. Mais le cœur n’y est pas : malgré une sono tonitruante, la piste de danse est vide et les clients sont rares. On dit que la nuit est devenue dangereuse à Goma, alors les habitants hésitent à se risquer jusqu’au CocoJambo. Une légende bien ancrée, un brin médisante, prétend que c’est dans cette boîte de nuit que le président congolais, Joseph Kabila, aurait rencontré sa femme, Olive. Vrai ? Faux ? Peu importe, car voilà bien longtemps que la capitale du Nord-Kivu bruisse de mille rumeurs que personne ne songe à confirmer. Et la période actuelle est particulièrement propice aux «vérités» invérifiables : depuis dimanche, la ville vit dans l’attente du résultat des négociations entamées à Kampala en Ouganda entre les autorités congolaises et la rébellion du M 23 (lire ci-contre). Et si les pourparlers échouent ? Alors, la guerre pourra reprendre, faisant à nouveau vaciller Goma, ville frontière, déjà conquise pendant dix jours par le M 23, à l’extrémité de l’immense république démocratique du Congo (RDC).

Far West. Les rebelles ont quitté la commune sous la pression des pays de la région, et en échange d’un dialogue avec le pouvoir de Kinshasa. Ils ont quitté Goma, mais ils ne sont pas très loin : juste au bout de la piste qui longe l’aéroport. De son côté, l’armée gouvernementale n’a renvoyé en ville qu’un bataillon resté très discret. Mais on raconte que beaucoup de militaires sont revenus déguisés en policiers, ce que personne, bien sûr, ne peut confirmer. En réalité, les uniformes sont plutôt rares en ville et Goma affiche un semblant de normalité. Les banques et les commerces ont rouvert, une foule affairée circule au milieu des motos taxis sur les routes défoncées de ce Far West congolais. Personne ne prête attention aux Casques bleus de la Monusco, la force des Nations unies pour la RDC, postés devant quelques bâtiments officiels. «Ils sont inutiles et n’ont aucun contact avec la population. Quelle étrange idée de nous avoir envoyé des Indiens, des Sud-Africains et des Uruguayens ? Tous anglophones ou hispanophones dans une région francophone», s’étonne le journaliste Jean-Baptiste Kambale.

La Monusco n’a pas empêché la prise de Goma. Le gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku, non plus. Il est de retour, mais une pétition l’accuse d’avoir fui un peu vite à l’arrivée des rebelles, et réclame sa démission. On le cherche au siège du gouvernorat ? Il est invisible. La vaste demeure face au lac Kivu est déserte, même pas gardée. Les salons sont ouverts, presque vides. «Les rebelles du M 23 ont tout pris, même les agrafeuses», déplore un employé qui finit par surgir.

Les pillages : avant de quitter la ville, les rebelles se sont largement servis dans les arsenaux militaires et les services de l’Etat. Au point de s’aliéner une partie de la population. Mais ici encore les rumeurs et les surenchères compliquent l’évaluation de ces pillages. On affirme qu’ils ont vidé les caisses de la banque centrale ? C’est le directeur lui-même qui dément après son retour sur place. On raconte que les rebelles ont vidé l’hôpital militaire, emportant même des corbillards ? Le lieutenant-colonel Jacques Fataki, le directeur de l’hôpital, est formel : «Rien n’a été volé ici.» Lui, qui n’a jamais quitté son poste, malgré l’arrivée du M 23, a d’autres préoccupations : les délestages d’électricité, récurrents depuis des années, le transport des soldats blessés dans une région sans routes, la rareté de l’eau courante malgré la proximité de l’immense lac Kivu qui sert de frontière entre la RDC et le Rwanda. Le petit pays voisin a été accusé de soutenir le M 23. Croisée dans une administration, cette femme l’affirme elle aussi : elle a vu des camions «remplis de soldats rwandais» passer la frontière. La preuve ? «Ils parlaient kinyarwanda et avaient la morphologie tutsie», assure-t-elle.

 

«Décomposition». «Mais les rwandophones, tutsis comme hutus, vivent depuis plusieurs générations au Congo ! s’exclame le philosophe Kä Mana. Les autorités jouent sur la présence de nombreux Tutsis congolais au sein du M 23 pour disqualifier ce mouvement, en attisant la haine ethnique. C’est un jeu dangereux, un écran de fumée pour éviter de voir les vrais problèmes : un pouvoir illégitime, un pays en totale décomposition morale.» Sauf qu’à Goma, la survie n’incite guère à l’introspection. Dans ce dispensaire de quartier, les femmes l’affirment sans détour : elles ont faim. Alors elles acceptent la petite compensation financière offerte par Lane, enquêteur américain de l’ONG Human Rights Watch. «Il cherche des témoignages contre le M23», explique maladroitement Assumpta, la responsable du lieu. Le jeune Américain est servi : «La nuit, les infiltrés du M23 continuent à tuer, à égorger», s’insurgent les femmes en chœur. Où sont les corps des victimes ? «On les mange», murmure Assumpta, en roulant des yeux. Encore une légende ? Hélas, pas tout à fait. Dans un secteur excentré, noyé sous les roches du volcan, la foule en colère a attrapé cinq voleurs le 3 décembre. «Les gens en ont assez d’être agressés chaque nuit. Il y a trop de bandits ici, tente d’expliquer le vieux chef du quartier qui finit par confirmer : les gens du coin ont brûlé les voleurs, puis… ils les ont mangés.»Il soupire : «Je n’avais jamais vu ça.» Pourtant à Goma, cet acte de cannibalisme est presque passé inaperçu. Juste une nuit de violences parmi d’autres.

Source: http://www.liberation.fr/monde/2012/12/10/goma-survit-a-portee-des-tirs-rebelles_866576

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